Le racisme anti-noir : notre combat à tous

2 juin 2020

Une injustice commise quelque part est une menace pour la justice dans le monde entier
— Martin Luther King Jr.

Une fois de plus, les projecteurs sont braqués sur le racisme systémique dans le monde judiciaire —un racisme qui opprime les Noirs, les personnes racialisées et les Autochtones depuis des siècles. Récemment, aux États-Unis, Ahmaud Arbery, un Noir qui faisait son jogging, a été tué par balle et George Floyd, un Noir qui faisait ses courses, a été abattu par des policiers. Breonna Taylor, une femme noire, a été abattue chez elle au milieu de la nuit.

Dans d’autres cas, des Blancs ont menacé des Noirs d’appeler la police alors que ces derniers ne faisaient qu’observer les oiseaux, s’entraîner au gymnase, conduire dans un quartier — des activités banales que les Blancs exercent sans crainte tous les jours. Pour les citoyens noirs, aucune activité n’est considérée comme « sûre » dans un monde où le racisme est généralisé et les personnes chargées de protéger la population abattent régulièrement des civils noirs non armés.

Ce n’est qu’après la diffusion de vidéos et l’éclatement de manifestations à la grandeur des États-Unis que des accusations ont été portées contre des policiers dans deux affaires de meurtre d’hommes noirs non armés. Ce n’est pas assez. Quiconque fait usage d’une violence et d’une force inutiles causant la mort ou des dommages doit être tenu responsable de ses actes, particulièrement les agents de police et les suprémacistes blancs. Malheureusement, rares sont ceux qui ont été inculpés et encore moins condamnés dans le passé.

D’aucuns croient que le racisme anti-noir est un phénomène américain. Qu’ils se détrompent. C’est aussi un problème canadien. Les Noirs de tout le pays continuent d’être victimes de surveillance et de profilage racial. Un rapport intérimaire de la Commission des droits de la personne de l’Ontario datant de 2018 a révélé que les Noirs sont beaucoup plus souvent victimes de violence policière que les autres Ontariens. Bien que les Noirs ne représentaient qu’environ 8,8 % de la population ontarienne en 2016, le taux de recours à la force à leur endroit se situait à 30 %. Entre 2013 et 2017, le nombre de rencontres mortelles entre policiers et Noirs s’élevait à 60 % et le nombre de fusillades mortelles, à 70 %. Plus récemment, les policiers auraient été impliqués dans la mort de Regis Korchinski-Paquet, une Autocthone noire tombée du 24e étage d’un appartement à Toronto.

Les Noirs devraient pouvoir marcher, faire du jogging, magasiner, jouer, travailler, dormir et s’adonner à des activités quotidiennes sans craindre pour leur vie. La vie des Noirs compte. Les parents noirs ne devraient pas avoir à préparer leurs enfants à la violence et à la haine dont ils feront l’objet en raison de la couleur de leur peau, y compris la possibilité d’être tués par les personnes mêmes qui sont censées les protéger. La vie des Noirs compte.

L’AFPC est solidaire de la communauté noire et réclame la justice ici comme aux États-Unis. Il faut reconnaître l’incidence du racisme systémique. Il faut reconnaître la douleur et l’impact des meurtres à répétition, ainsi que les images de violence continuelle contre les personnes noires et racialisées dans les médias et les médias sociaux. La vie des Noirs compte.

L’AFPC plaide pour que le profilage racial et la violence gratuite à l’égard des personnes noires cessent immédiatement. Mais avant que justice ne soit rendue, il faut revoir complètement le système de justice pénale et tous les autres systèmes qui soutiennent l’oppression des personnes noires, racialisées et autochtones. C’est la toute première étape pour éliminer le racisme profondément enraciné et les préjugés inconscients contre ces personnes.

Le silence des personnes blanches ou non racialisées est synonyme de complicité avec le suprémacisme blanc et la violence systémique contre les Noirs. Comment pouvons-nous agir collectivement contre cette violence et cette oppression? Quel est le meilleur moyen de soutenir la communauté noire? Nous devons remettre en question nos systèmes et nos institutions. Nous devons dénoncer l’injustice, la violence raciale et la suprématie blanche. Nous devons débusquer nos préjugés inconscients. Nous devons faire partie de la solution.

Rester neutre face à l’injustice, c’est choisir le camp de l’oppresseur
— Desmond Tutu