Possible retour au bureau à temps plein

UTE’s response to the Report of the Auditor General of Canada on CRA Call Centres

Consœurs, confrères et ami(e)s,

Depuis quelques jours, des rumeurs circulaient que le gouvernement fédéral envisage sérieusement de forcer ses employés effectuant en tout ou en partie du télétravail à retourner travailler au bureau à temps plein.

Hier, certains reportages médiatiques ont laissé entendre que le gouvernement Carney songe en effet à augmenter la présence au bureau de ses fonctionnaires à 4 jours par semaine en 2026 et à 5 jours par semaine à compter du 1er janvier 2027.

Lors d’une rencontre tenue hier avec le commissaire de l’Agence du revenu du Canada (ARC), j’ai abordé le sujet. Le commissaire m’a assuré qu’il n’avait rien entendu de la part du Conseil du Trésor concernant un changement quelconque à la Directive sur la présence au bureau.

Selon une source gouvernementale bien informée du dossier, mais non autorisée à s’exprimer publiquement, le gouvernement fédéral tient actuellement des discussions sur la meilleure façon de livrer les services aux Canadiens. Eh bien, la meilleure façon de livrer de bons services publics à la population est d’avoir suffisamment d’employés pour le faire.

Le dernier budget fédéral contient des compressions de l’ordre de 60 milliards de dollars au cours des cinq (5) prochaines années dans la fonction publique fédérale. Le gouvernement planifie de se débarrasser de 40 000 fonctionnaires. Ce n’est pas de cette façon que le service va s’améliorer.

Si le gouvernement va de l’avant avec le retour forcé au bureau à temps plein, ce serait une grave erreur. Tout d’abord, ce serait un gaspillage éhonté de fonds publics. Il y a déjà des sommes considérables qui sont dépensées pour la rénovation de bureaux et l’achat de nouveaux mobiliers alors que la majorité des employés ont un régime de travail hybride (2 jours par semaine à la maison / 3 jours par semaine au bureau). Pour réintégrer tous les fonctionnaires au bureau à temps plein, le gouvernement devrait dépenser des milliards de dollars et revenir sur sa décision des dernières années de se départir d’édifices et de baux de location. Et cela, après avoir déjà investi massivement pour fournir aux employés l’équipement et le mobilier de bureau nécessaires au télétravail.

Au lieu de dépenser des milliards de dollars de fonds publics pour acheter ou louer des édifices, le gouvernement devrait plutôt investir cet argent pour garder plus de fonctionnaires à son emploi afin d’offrir un meilleur service à la population canadienne.

Ensuite, une telle décision serait irréaliste, irresponsable et irrespectueuse.

Irréaliste parce qu’il manque déjà cruellement de place pour combler les besoins actuels après le retour forcé au bureau à trois (3) jours par semaine qui s’est avéré chaotique et désastreux. Irresponsable, tant d’un point de vue financier qu’en raison de l’augmentation importante du trafic dans plusieurs grandes villes canadiennes. Dans la seule région d’Ottawa-Gatineau, la circulation est déjà très pénible les jours où les fonctionnaires fédéraux doivent aller travailler au bureau. Les espaces de stationnement sont rares. L’offre de service des transports en commun est insuffisante. Si le gouvernement impose le retour au bureau à cinq jours par semaine, ce sera un vrai cauchemar.

Cette décision serait aussi irresponsable d’un point de vue environnemental. Cela démontre clairement que l’environnement ne figure pas parmi les priorités du gouvernement Carney.

Cette décision serait aussi extrêmement irrespectueuse envers les fonctionnaires fédéraux. Le gouvernement est parfaitement au courant que la vaste majorité de ses employés apprécient grandement le télétravail. D’ailleurs, le télétravail était l’un des principaux enjeux lors de la dernière ronde de négociations pour les employés travaillant pour le Conseil du Trésor et l’Agence du revenu du Canada. Nos membres ont même décidé avec une écrasante majorité de faire la grève dans le but d’inclure des clauses sur le télétravail dans leur contrat de travail. Dans la présente ronde de négociations, le télétravail représente encore un des principaux enjeux. C’est ce que nos membres ont clairement exprimé.

Les employés apprécient le télétravail pour de multiples raisons. La principale est que cela leur offre une meilleure conciliation travail-vie personnelle. Ils passent plus de temps en famille et moins de temps perdu en déplacements inutiles.

En fait, il n’y a aucune raison valable de forcer le retour au bureau à temps plein des fonctionnaires fédéraux. Ce n’est pas bon pour les fonctionnaires en affectant négativement leur qualité de vie et en leur imposant des dépenses additionnelles. C’est une horrible décision pour les contribuables canadiens en ce qui concerne l’utilisation des fonds publics et l’impact très négatif pour l’environnement. Et ça ne contribuera d’aucune façon à améliorer la performance de la fonction publique.

Alors, pourquoi le gouvernement envisage-t-il cette mesure? 

Il semble évident que ce soit tout bonnement pour des raisons politiques. Le leader du gouvernement à la Chambre des communes, l’honorable Steven MacKinnon, affirme à qui veut l’entendre que ce sont les fonctionnaires du Conseil du Trésor qui vont « prendre la décision ». Une telle déclaration est farfelue et une insulte à l’intelligence. Qui peut croire que ce sont de hauts fonctionnaires qui forceront réellement le gouvernement fédéral à dépenser des milliards de dollars en immobilier et en mobilier de bureau et à enrager la majorité de ses employés? Du même souffle, M. MacKinnon déclare qu’il y a une tendance lourde dans les entreprises et les autres paliers de gouvernement vers le retour au bureau à temps plein et que le gouvernement fédéral va probablement suivre cette tendance-là.

Au lieu de vouloir plaire au premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, au maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe, aux entreprises des centres-villes et aux Chambres de commerce, le gouvernement fédéral devrait écouter et respecter ses employés et leurs représentants syndicaux.

La présidente de l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) a exigé d’avoir une rencontre le plus rapidement possible avec le président du Conseil du Trésor afin de discuter de cet enjeu et de faire valoir nos préoccupations.

Nous suivrons la situation de près et nous vous informerons immédiatement de tout développement lié à cet important enjeu.

En toute solidarité,

Image
Marc Brière Signature

Marc Brière
Président national
Syndicat des employé-e-s de l’Impôt