La réponse du SEI au président du Conseil du Trésor concernant le « succès » du retour au bureau

La réponse du SEI au président du Conseil du Trésor concernant le « succès » du retour au bureau

Consœurs, confrères et ami(e)s,

Hier, le président du Conseil du Trésor, Shafqat Ali, a déclaré que le retour au bureau des fonctionnaires fédéraux est un « succès ». Il a fait cette déclaration à sa sortie du comité parlementaire permanent des opérations gouvernementales alors qu’il était questionné sur le sujet. Il a ajouté que « l’intention est bonne et je pense que ce sera un succès ».

Le fait que le président du Conseil du Trésor fasse une telle déclaration démontre qu’il est soit extraordinairement déconnecté de la réalité et qu’il vit sur une autre planète, ou qu’il fasse preuve de mauvaise foi et qu’il tente tout simplement de vendre sa salade et de faire du « lavage de cerveaux » sur la place publique. 

Dans tous les cas, de telles remarques sont dénuées de tout fondement et ne correspondent absolument pas à la réalité que vivent les employés. On dirait que le ministre et son gouvernement vivent dans une réalité parallèle! Pour dire les choses franchement, c’est carrément insultant pour les employés du gouvernement fédéral.

J’aimerais demander au ministre de faire preuve de transparence et de dévoiler les informations que le Conseil du Trésor possède concernant les critères et les données sur lesquelles il se base pour affirmer que le retour forcé au bureau des fonctionnaires fédéraux est un succès. Est-ce qu’il a effectué un sondage auprès des employés et de leurs gestionnaires afin de leur demander leur opinion sur le sujet?

J’ai une meilleure idée. Notre syndicat aimerait discuter de cette question directement avec l’Agence du revenu du Canada. Alors, le président du Conseil du Trésor peut-il « demander » à l’Agence du revenu du Canada (ARC) de collaborer avec notre syndicat afin qu’elle nous fournisse elle-même ces renseignements. De toute façon, l’Agence devrait obtempérer sans problème malgré que ce soit un employeur distinct. C’est ce qu’elle fait tout le temps depuis de nombreuses années alors qu’elle suit aveuglément les directives et politiques émanant du Conseil du Trésor même lorsqu’elles ne font aucun sens.

À titre d’information pour le ministre, les choses ne vont pas si bien que ça à l’ARC concernant le déploiement de la présence obligatoire au bureau. Que ce soit pour 2, 3 ou 4 jours par semaine. Présentement, ce ne sont pas tous les édifices de l’Agence qui ont suffisamment de place pour accueillir les employés 3 jours par semaine. Et lorsqu’on parle d’augmenter la présence au bureau à 4 jours par semaine, alors la situation est beaucoup plus problématique. Plus du tiers des édifices qu’occupe actuellement l’ARC n’ont pas suffisamment de place. Et plusieurs sont à la limite de leur capacité d’accueil, incluant le tout nouvel édifice construit à grands frais et inauguré récemment à Shawinigan au Québec. Parlant de limites, elles sont sans cesse repoussées. Les nouveaux aménagements dans les bureaux font en sorte que les espaces de travail sont réduits considérablement et ne sont pas adéquats ni adaptés pour le travail qu’effectue nos membres. Ces espaces à aire ouverte n’offrent aucune intimité et ne garantissent aucunement le respect de la confidentialité lors des discussions avec les contribuables. Et il est très difficile, voire impossible pour certaines personnes, de se concentrer pour effectuer leur travail. C’est pourquoi de nombreux employés portent des casques d’écoute en travaillant afin de pouvoir se concentrer. C’est quand même fou! Est-ce que c’est ça que le ministre Ali voulait dire lorsqu’il parlait de succès?

Lorsque le gouvernement fédéral a commencé à imposer le retour au bureau en présentiel, il prétendait que c’était pour favoriser la collaboration entre les employés au sein de leurs équipes naturelles de travail. Eh bien, nous pouvons leur dire sans l’ombre d’un doute qu’ils se sont royalement fourvoyés! Pour la gouverne du ministre, je tiens à l’informer que ça ne se passe pas très bien à l’ARC. Pourquoi donc? Tout simplement parce que les « équipes naturelles » sont dispersées un peu partout à travers le pays. En effet, certains employés d’une même équipe travaillent à Ottawa alors que d’autres travaillent dans un autre bureau, une autre ville ou encore une autre province avec parfois des fuseaux horaires différents! Petit détail supplémentaire : avec le merveilleux système de réservation de place « E-concierge » de l’ARC, les employés d’une équipe travaillant dans le même bureau ne sont pas assis ensemble la plupart du temps. Ils sont éparpillés un peu partout et même sur différents étages! Cela fait en sorte que les employés sont forcés de se rendre au bureau pour travailler seuls et, lorsqu’une rencontre d’équipe est nécessaire, les employés se connectent sur Microsoft Teams comme il le ferait à la maison mais ils sont pris dans le trafic, doivent se trouver un stationnement, ou prendre le transport en commun. Et ils doivent trimballer leur équipement informatique et d’autres effets personnels, trouver leur place de travail du jour, ajuster leur bureau et leur chaise, etc. 

Mais ne vous en faites pas chers employés. Le secrétaire du Conseil du Trésor, Bill Matthews, a trouvé la solution. Il a déclaré devant le comité parlementaire « qu’on va, autant que possible, assigner des places pour que les équipes puissent travailler ensemble, c’est beaucoup plus efficace ainsi ». Wow! Toute une révélation!

M. Matthews a ajouté que « Cela va évoluer. Dans la mesure où nous pourrons mettre en place davantage de places attitrées, nous le ferons, mais cela prendra du temps et variera selon les ministères, car la croissance enregistrée dans l'ensemble de la fonction publique n'a pas été accompagnée d'une augmentation des locaux. ». 

Je me dois ici d’informer M. Matthews, s’il ne le sait pas déjà, qu’à l’Agence du revenu du Canada, cela va prendre beaucoup de temps. Des mois, voire des années! Il y a une bonne raison pour cela : le gouvernement fédéral, par l’entremise de Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC), n’a pas renouvelé plusieurs baux de location de bureaux occupés par l’Agence depuis plusieurs années afin d’économiser de l’argent et a forcé l’ARC à relocaliser les employés affectés à un autre bureau, souvent surpeuplé. 

Mais les tergiversations et les improvisations du gouvernement fédéral au sujet du télétravail et de la présence obligatoire au bureau de ses employés ne sont pas seulement insultantes pour les employés, elles le sont également pour les contribuables canadiens. En effet, tout ceci a un coût financier énorme, qui se compte certainement en milliards de dollars, si on tient compte de tous ces déménagements, réaménagements, dispositions d’équipement et de biens meubles, rachat d’équipements et de biens meubles, signature de nouveaux baux de location ou constructions de nouveaux édifices. Et l’augmentation prévue de la présence obligatoire au bureau à 4 jours par semaine engendrera encore plus de dépenses énormes pour le gouvernement et les contribuables. Le président du Conseil du Trésor demande tout bonnement à SPAC «d’arranger les espaces nécessaires ». De toute façon, dit-il, « C’est leur travail de trouver de l’espace. ».

Malheureusement, ce n’est pas si simple dans la vraie vie. Ça prend du temps, beaucoup de temps. Et ça coûte très cher!

J’inviterais plutôt le gouvernement fédéral à faire finalement preuve de gros bon sens. Au lieu de forcer arbitrairement ses employés à travailler toujours et encore plus à partir du bureau, pourquoi ne pas sauver des milliards en dépenses en immobilisation, à sauver des emplois dans la fonction publique fédérale et à continuer d’offrir un bon service à la population? 

La vérité est que le gouvernement fédéral n’a aucune raison valable pour justifier le retour obligatoire au bureau des fonctionnaires. Que ce soit au niveau de la productivité ou de la collaboration ou de quoique ce soit d’autre. Il n’a aucune donnée tangible à présenter et il esquive toutes les questions à ce sujet. 

Est-ce que le gouvernement fédéral peut sérieusement affirmer que d’augmenter la présence au bureau des fonctionnaires de 3 à 4 jours par semaine augmentera la productivité ou la collaboration entre les employés?

Depuis le début, le gouvernement fait preuve d’improvisation. Depuis le début, cette décision est de nature politique pour plaire aux lobbys des gens d’affaires, des Chambres de commerce et des politiciens municipaux et provinciaux. Depuis le début, le gouvernement n’en n’a rien à foutre du bien-être de ses employés ou de leur niveau de productivité. Et, de toute évidence, le gouvernement n’en n’a rien à foutre non plus du cafouillage incroyable qu’il a créé et du coût exorbitant de tous ces changements pour les contribuables canadiens. 

En terminant, j’inviterais le président du Conseil du Trésor à donner son autorisation afin de permettre à l’équipe de négociation de l’ARC de pouvoir discuter de télétravail et d’une meilleure conciliation travail-vie personnelle avec notre équipe de négociation de l’AFPC-SEI alors qu’une rencontre se tient présentement à Ottawa en présence d’un médiateur nommé par la Commission des relations de travail et de l’emploi dans le secteur public fédéral (CRTESPF) dans le but de faire progresser les négociations.

Ça, ce serait la bonne chose à faire et ce serait aussi beaucoup plus respectueux envers nos membres que de faire des déclarations gratuites, insultantes et sans fondement.

En toute solidarité,

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Marc Brière Signature

Marc Brière
Président national
Syndicat des employé-e-s de l’Impôt